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Lettre de Nicolas Jaillet, auteur d’Intruse, à tous les écrivains en herbe

08/02/2010

Suite au concours de fan fiction Intruse, Nicolas Jaillet, l’auteur d’ Intruse , a souhaité s’adresser aux écrivains en herbe de Lecture Academy.

"Bonjour à tous et à toutes,

Je vous remercie et vous applaudis à quatre mains pour votre participation au concours « Intruse ». Le métier d’écrivain est très solitaire ; c’est un plaisir rare et précieux de savoir ce que nos livres inspirent aux plumes de demain. Quand on écrit une histoire, on se demande toujours si « ça passe » : est-ce que nos personnages ont de la chair ? Y a-t-il du suspense ? A-t-on donné assez d’informations, dans le bon ordre, pour que les situations soient claires ? Et, quand je lis vos fan-fictions, je me dis : « ouf ! ». Ils ont tout compris. Il y a, parfois, de petites erreurs (non, nous ne sommes pas à Versailles. Loughing Out Loud), mais je retrouve toujours mes personnages, ce qui les unit, ce qui pose problème, bref. il y a en vous de la graine d’écrivains, bravo ! Je voulais vous dire qu’un concours, c’est toujours injuste. J’aurais aimé donner la palme à des textes qui n’ont pas été retenus. Toutes celles et ceux qui ont posté quelque chose, même quelques lignes, ont fait un joli travail, qui mérite d’être salué. Bravo, continuez. Je vous souhaite de garder longtemps une plume légère.

Ceci étant dit, je voudrais proposer quelques pistes à celles et ceux qui voudraient aller plus loin dans l’écriture de fiction. Il y a des textes, par exemple, qui ont été jugés « trop courts » par leurs collègues. Ce ne sont pas forcément de mauvais textes pour autant, mais ce ne sont pas des pages de roman. Ce sont des pages de synopsis (de résumé, si vous voulez). Je m’explique : une page de synopsis, c’est un récit, en très très court. Du genre : « Jean Duchemin est un cambrioleur de génie. Un jour, il attrape la maladie de Parkinson, qui fait trembler les doigts. Il ne peut plus faire son métier. A l’hôpital, il rencontre une jeune femme, dont il tombe amoureux, qui va l’orienter vers une nouvelle vie. » Avec ça, vous pouvez faire un bon livre, ou un très mauvais livre. Tout le boulot du romancier consiste, à partir de là, à mettre en place des atmosphères, des climats, le rythme de chaque phrase par lesquelles vous allez tenter de vibrer avec vos personnages, et, si possible, plus tard, votre lecteur. C’est un exercice difficile d’écrire un bon synopsis. Mais ç’en est un autre, à partir d’un synopsis, de faire une œuvre de qualité. Certains d’entre vous ont écrit des textes qui sont plutôt des synopsis que des romans. Qu’ils (elles) prennent une phrase de leur texte, une seule, et qu’ils (elles) en fassent un chapitre : c’est un exercice totalement différent. Ce qu’il faut ajouter au résumé, quand on écrit un roman, ce sont les parfums, les couleurs, les sensations, qui font que le lecteur comprendra, aimera (ou non) les personnages. C’est très important aussi. Il faut savoir faire les deux. Et j’insiste au passage sur les sensations. Dire ce qu’un personnage pense, c’est bien. Dire ce qu’il ressent c’est un peu plu subtil, et c’est un moyen de faire passer des informations, qui va vous rapprocher de votre lecteur. Si votre personnage ouvre une fenêtre, vous pouvez, par les frissons, les odeurs qu’il ressent, faire passer beaucoup d’informations : en quelle saison on est, si c’est le jour ou la nuit. Et en même temps, construire des atmosphères, ce qui est fondamental dans un récit. Puisque j’en suis à la question des informations à donner, je me permets une autre remarque : ne perdez jamais votre lecteur. Vous pouvez le faire intentionnellement, pendant une page ou deux, mais c’est une pratique qu’il vaut mieux ne pas généraliser. Moi, quand je lis un récit, je rentre plus facilement dans l’histoire si je sais toujours l’heure qu’il est à peut près, dans quel décor on se trouve, si c’est le jour, la nuit, le printemps, l’hiver. Si vous faites passer vos personnages d’une pièce à l’autre, mettez un coup de frein, essayez de faire en sorte que la transition, de dedans à dehors, de dehors à dedans, soit dramatisée par un événement, qui pousse le lecteur à bien noter qu’on a changer d’endroit. En littérature, on aime bien voyager, mais pas se perdre. En revanche, quand une chose est dite, elle est dite. Inutile de la répéter. Certains d’entre vous se sont attachés à montrer qu’ils avaient bien lu l’extrait, en répétant des choses déjà dites dans les premières pages du livre. Si vous écrivez un livre un jour (et je vous le souhaite), vous ne devrez plus faire ça. Un récit doit avancer. Il ne faut jamais se répéter. Si le lecteur n’a pas saisi, ou n’a pas fait attention à tel ou tel détail, tant pis. Chaque nouveau chapitre doit contenir une information nouvelle. Enfin, c’est un peu plus compliqué que ça. Chaque nouveau chapitre doit :
1 / Répondre à une question posée dans un ou des chapitres précédents ;
2 / Poser une nouvelle question, pour que le lecteur ait envie de lire la suite.

Une dernière chose : on vous a peut-être présenté la grammaire comme un matière aride, désagréable, comme une vieille prof acariâtre avec des jupes de laine bleu marine et des chaussettes en tire bouchon. Mais si vous voulez écrire, il vous faut aimer la grammaire, alors faites- vous en le plus vite possible une image plus sexy. La grammaire vous aide à entrer en contact avec d’autres personnes. C’est la règle d’un jeu. Un jeu complexe, en ce qui concerne la langue française, je vous l’accorde. Mais c’est un jeu. Il faut le prendre comme ça. Vous devez, par exemple, faire la différence entre un infinitif et un participe passé. L’infinitif, c’est l’étiquette qu’on colle sur un verbe, comme sur un colis : ça, c’est le verbe « aller », ça c’est le verbe « faire ». On s’en sert pour apprendre aux jeunes gens la liste des verbes, et puis après, ça sert beaucoup moins. Dans le langage courrant, on emploie les infinitifs après des verbes comme vouloir, essayer de, chercher à. Mais c’est très rare : on emploie le verbe, et juste après, pof ! on colle l’infinitif, pour parler d’une action, à faire, ou à ne pas faire, mais de façon très large. On fait juste référence à cette action : « j’ai voulu changer (infinitif) de voiture. j’aimerais trouver (infinitif) une infirmerie. je lui ai conseillé de changer (infinitif) de coiffure. » Un participe, c’est autre chose. C’est un verbe qui se conjugue au passé composé : « j’ai aimé, j’ai dansé, tu nous as trouvées sympathiques, moi et mes amies ». Là, il y a une règle à retenir : « avec l’auxiliaire ’être’ le participe s’accorde en genre en nombre avec le sujet. Avec le participe ’avoir’ il s’accorde en genre et en nombre avec le COD quand il est placé après le verbe. » Apprenez ça par cœur, et vous serez plus forts en grammaire que pas mal de ministres que je connais.

Sur ces paroles arides, je vous adresse, mes chers collègues, ma plus vive sympathie, et j’espère que nous aurons l’occasion d’en parler plus longuement.

PS : Je recommande aux jeunes auteurs : Ecriture, mémoire d’un métier, de Stephen King."


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